Ma Soeur...

J'avais une soeur , je l'aimais ...Son nom était Claudette. Paralysée cérébrale elle était notre joie de vivre mais "la croix" de notre mère.

Née deux ans avant moi il est facile de dire que nous étions vraiment à l'opposé! Elle, ne parlait pas et ne marchait point... notre mère la portait dans ses bras comme un bébé. Pour ma part je commençai à parler toute jeune et n'ai jamais cessé depuis. Je gambadais telle une vraie gazelle et fouinais tout le temps! Je soutenais des conversations d'adulte sans peine.

 

Les religieuses du couvent qui faisait face à notre domicile ( Les Filles De La Sagesse) avaient remarqué cette famille vivant juste là , en face...peut être à cause de cette fillette malade?

 

Elles eurent à faire aussi avec cette petite curieuse qui voulait tout savoir, qui se permettait même d'aller en classe sans y avoir vraiment droit étant trop jeune...

Elles vinrent apporter un peu de réconfort à Maman et quelques fois servaient de gardiennes d'enfants si le besoin se faisait sentir.

Avec toutes leurs classes , avec les élèves du  grand couvent de Dorval  elles entreprirent une neuvaine afin d'obtenir la guérison de Claudette... Maman elle était heureuse, elle croyait fermement que Dieu dans sa grande bonté exaucerait toutes ces prières montant vers lui telles un ruban d'encens sans fin .

 

Entre temps Claudette semblait ne pas s'habituer à ces défilés de religieuses et leurs élèves, elle semblait réfractaire à ces foules dans notre petit hôme.

Elle était heureuse avec nous sa famille; ses étreintes ( à nous étouffer) nous le prouvaient , ses cris de joie résonnaient dans toute la maison.

Combien de fois Maman m'a t'elle dit : < Reste un peu avec ta soeur, elle t'aime beaucoup et se plait en ta compagnie, tu sais... tu ne l'auras pas toujours...! >

 

Comme elle disait vrai sans le savoir et sans le vouloir !

 

Un jour, malgré les neuvaines répétées, malgré les soins aimants de nos parents, Claudette eut une vilaine grippe, fut soignée adéquatement , mais malgré tout après deux semaines elle rendit l'âme.

Notre foyer entier s'en ressentit , Maman fit une grave dépression et Papa lui travaillait comme  un forcené.

Le médecin conseilla à notre mère de sortir plus souvent et de ne pas rester là à pleurer sur cette enfant qui nous avait quittés.

Maman qui a toujours été une femme "pratique" se mit à travailler au dehors; elle rapportait des sous et voyait d'autres personnes, c'était bon pour son moral. Mais elle n'oubliait pas!

 

Nous avions toujours le support de nos bonnes amies les religieuses. En cas de besoin , si Papa ne pouvait être là elles nous gardaient au couvent. De toutes façons j'y étais presque tout le temps, c'était un second "chez  moi"

 

C'était vers la fin des années quarante; nous n'avons jamais oublié!

 

Ma soeur là où elle est nous a rendu de grands services... des miracles ?  Et pourquoi pas !

 

Notre mère a aujourd'hui 96 ans ; il lui arrive encore si nous parlons de Claudette d'essuyer une larme furtive .

 

Pour ma part, même à l'âge de la retraite je pense encore à

 

Ma Soeur !

 

 

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